Dans la famille Bellingham, je demande le petit frère, Jobe, 19 ans. Comme Jude, son aîné de deux années, il est né à Stourbridge, a fait ses gammes au centre de formation de Birmingham, y a réalisé ses débuts en pro, n’est resté qu’une seule saison en équipe première, il est milieu de terrain, a battu des records de précocité, a été nommé meilleur jeune joueur de la saison en Championship, et comme lui jadis… il va jouer pour le Borussia Dortmund.
Une forme de logique pour celui qui a été un grand artisan de la promotion en Premier League de Sunderland, qu’il a rejoint à l’été 2023, littéralement le même jour que Jude signait pour le Real Madrid. Dans son dos, il n’est pas écrit « Bellingham », mais « Jobe », comme s’il ne voulait pas vivre dans l’ombre du frangin, ne pas juste être vu comme « le frère de ».
Sur ce point, Matty Hewitt, journaliste pour The Chronicle Live, répond du tac au tac : « Le ‘poids’ ou la pression du nom de famille ne l’affecte pas et il a clairement indiqué qu’il souhaitait construire sa propre carrière. » C’est souvent le jeu dans le foot, pourtant comparaison n’est pas raison. « Il a un solide réseau autour de lui et il ne semble pas perturbé par les inévitables parallèles« , applaudit Phil Smith, journaliste pour The Sunderland Echo. Son père Mark, et sa mère Denise, veillent particulièrement sur leur protégé, comme avec Jude.
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Jude et Jobe Bellingham
Crédit: Getty Images
Sunderland, un choix mûrement réfléchi
« Junior », lui, a passé onze années à Birmingham où il a construit sa réputation. Sky Sports a même déniché un tweet du club qui félicitait les meilleurs U9 de l’année, dont il faisait partie. A 15 ans, il est sur le banc de l’équipe première en League Cup. En janvier 2022, il a fait ses débuts à 16 ans et 107 jours contre Plymouth en FA Cup, 69 jours plus « vieux » que Jude en 2019. Après seulement 26 matchs en pro, il quitte les Midlands pour le nord-est. Ironie de l’histoire, sa première en Championship était contre Sunderland, sa nouvelle équipe.
Un choix loin d’être un hasard. Des hommes clés de sa formation (et de celle de Jude) à Birmingham, Kristjaan Speakman, directeur de l’Academy, et Mike Dodds, qui a suivi tout son développement, sont devenus directeur sportif et coach en équipe première chez les Black Cats. En décembre 2023, il expliquait à Sky Sports : « Émotionnellement, c’était une décision difficile, mais d’un point de vue sportif, je n’ai pas réfléchi, compte tenu des opportunités que Sunderland donne aux jeunes […] dans un environnement où ils peuvent montrer leur valeur, sans trop de pression. «
Depuis, Sunderland prend soin de son diamant brut. « Quand il a signé, c’était déjà un des espoirs les plus prometteurs du foot anglais. Il avait un fort potentiel, mais le club devait encore le former. Comme Jude, il s’était forgé une solide réputation chez les jeunes, sans être encore un joueur accompli« , détaille Matty Hewitt.
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Cherki plus brouillon contre l’Allemagne : « Qu’importe, les Bleus ont besoin de lui »
Crédit vidéo: Eurosport
Phil Smith se rappelle : « Personne ne savait trop à quoi s’attendre. Sa capacité d’intégration en équipe première à Birmingham suscitait l’enthousiasme, mais il n’avait disputé que quelques matchs. Le fait qu’il connaisse des gens à Sunderland était déterminant. Tous ces aspects expliquent qu’il ait pris cette direction plutôt qu’un club de l’élite où il aurait dû attendre plusieurs années avant de jouer en équipe première. C’était aussi l’occasion de prendre un nouveau départ et d’écrire son histoire. «
La saison 2023-24 est rude pour le club. Phil Smith poursuit : « Sur le plan personnel, il a été solide, il a joué régulièrement, a marqué des buts… Il a été un des rares points positifs« . Tony Mowbray, coach de Sunderland, que Jobe portait en haute estime, a été débarqué en décembre 2023. « A 18 ans seulement, il a disputé 47 matchs et a parfois semblé fatigué, surtout en fin de saison, sans surprise vu son âge. Après le départ de Mowbray, l’équipe peinait à marquer, ça a contraint Jobe à jouer en attaque. Sa polyvalence est impressionnante, mais je dirais qu’en réalité ça a freiné ses performances l’année passée« , Congéde Moyy Hewitts.
Une relation idyllique avec Régis Le Bris
Justement, dans sa jeune carrière, il a déjà joué à gauche, dans l’axe, plus en retrait, en 10 ou devant, mais Jobe Bellingham a sa préférence : « Box to box, parce que tu récupères la balle et tu vas vers l’avant. Je peux davantage montrer ce dont je suis capable. » Son entraîneur Régis Le Bris abondait aussi en ce sens en conférence de presse : « Il a la capacité de jouer à plusieurs positions, mais j’aime bien l’utiliser en 8, c’est un joueur offensif, il peut montrer sa puissance, sa qualité pour presser, lier la défense et l’attaque. »
Dès son arrivée, le Français lui a expliqué comment il comptait l’utiliser. Et sa palette est vaste, comme le détaille Phil Smith : « Sa polyvalence témoigne de son intelligence tactique. Il peut évoluer aisément devant la défense ou derrière l’attaquant, il sait effectuer des courses incisives et marquer des buts. Ce rôle lui permet d’être toujours impliqué dans le jeu et exploiter ses qualités athlétiques. Il est en pleine progression et joue un peu plus bas que Jude pour l’instant, il est impliqué dans toutes les phases de jeu. «
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Jobe Bellingham
Crédit: Getty Images
Cette saison, dans un cadre idoine, plus solide, il s’est totalement épanoui relate Matty Hewitt : « Le Bris a réussi à lui faire atteindre un niveau beaucoup plus régulier. Il est mentalement fort, en étant entouré de meilleurs joueurs et d’un environnement plus stable, avec un seul manager, pas trois, tous avec des idées différentes. Le fait d’avoir une formation et un poste définis a été important. »
À l’aise avec le cuir, dans sa manière de conduire la balle, de se déplacer, il a été incontournable dans cette conquête de la promotion en PL (45 fois titulaire sur 49 matchs). Ceux qui le connaissent évoquent cette petite touche d’arrogance et d’assurance nécessaires pour atteindre le plus haut niveau. À Birmingham, quand il a découvert le foot d’adultes, il n’a pas été intimidé : il fallait compter sur lui. Sur RMC Sport, Régis Le Bris se montrait élogieux : « Jude, c’est un garçon avec une personnalité incroyable. Ça a été une très belle rencontre. Il est super intéressant, il a une énorme marge de progression et il est hyper compétiteur, hyper intense. «
Direction l’Allemagne
Toujours avec les pieds sur terre pour autant. « I_l est ambitieux et c’est un des leaders du vestiaire malgré son âge. C’est étrange de voir un joueur s’exprimer aussi bien en étant si jeune. Il s’est immédiatement intégré, en comprenant les supporters et la culture du nord-est. Il savait qu’il lui faudrait probablement bosser encore plus dur à cause de son nom de famille, plutôt que de croire que c’était un dû_« , applaudit Matty Hewitt. Les supporters l’ont vite adopté. Phil Smith lie aussi ses performances à celles de l’équipe : « Ce qui m’impressionne le plus, c’est son mental. Les fans voient qu’il se bat pour le maillot et fait passer l’équipe avant le reste, tout en étant sûr de lui. Il a un esprit collectif, il respecte l’histoire du club.«
Physique, endurant, « il est très fort pour porter la balle, c’est un dribbleur puissant, les adversaires peinent à le stopper« , analyse Phil Smith. Matty Hewitt le décrit comme une « véritable machine« . »Il est très rarement dépassé au milieu. Il est très doué pour attirer l’adversaire, pour protéger le ballon, le décaler sur l’autre pied et accélérer. Il a beaucoup progressé défensivement cette saison aussi. «
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Jobe Bellingham de Sunderland célèbre après avoir marqué le troisième but de son équipe avec une tête lors du match de championnat Sky Bet entre Swansea City AFC et Sunderland AFC au stade Swansea.com le 14 décembre 2024 à Swansea, Pays de Galles
Crédit: Getty Images
Jobe Bellingham n’aura que 20 ans en septembre prochain : quels axes de progression ? « Peut-être doit-il s’améliorer en termes de buts et de passes décisives pour atteindre le niveau supérieur. Je dirais que Jobe manque peut-être de confiance dans le dernier tiers par rapport à son frère. Ça viendra avec le temps. » D’ailleurs, sur Sky Sports, Jobe s’en amusait : « Ma mère me dit toujours de plus tirer au but. «
Alors qu’il va disputer l’Euro Espoirs avec l’Angleterre, son avenir pourrait être tranché rapidement. L’été dernier, il aurait pu rejoindre un club de PL, mais a prolongé jusqu’en 2028. Ces dernières heures, Dortmund pousse très fort. « Il est resté fidèle, mais maintenant qu’il a contribué à la montée, Sunderland ne le bloquera pas. J’aimerais le voir rester une saison de plus et tenter sa chance en Premier League, pour qu’il suive une voie différente de son frère, avant de rejoindre un club comme Dortmund. Je pense qu’un transfert en Allemagne ne ferait qu’accroître les comparaisons. Cela dit, être là-bas, loin de l’attention des médias anglais, pourrait lui être bénéfique, à l’instar de Jude« , Juge Maty Hew Dewittes.