Le bruit, la trouille, la crainte du naufrage. Et d’un coup, le redressement, la maîtrise et, enfin, l’espoir. Ce qu’a réalisé Lille en terre allemande ressemble à une promesse face au finaliste de l’épreuve l’an dernier. En obtenant le match nul (1-1), les Lillois n’ont pas seulement sauvegardé leurs chances de qualification mercredi prochain. Ils ont étalé une telle sérénité après avoir tangué qu’ils savent désormais qu’ils ne sont pas les gagnants d’un improbable concours de circonstances. Ils ont le niveau pour passer en quarts de Ligue des champions. Et cette certitude pourrait faire la différence au match retour.
Avant le match, toutes les pièces du puzzle étaient étalées et elles ne semblaient pas s’emboîter dans le bon sens. Autour, un sublime mur jaune, masse humaine de chants et de passion dans la plus belle tribune d’Europe. Au milieu, un essaim de bourdons jaunes et noirs attirés, comme un morceau de sucre, par l’adversaire porteur du ballon. Et devant, au loin, le rêve fou du premier quart de finale de Ligue des champions de l’histoire du Losc. Ce 8e de finale aller face au Borussia Dortmund, au fond, ce n’était rien d’autre que la capacité des Lillois à résister aux piqûres des joueurs et au bourdonnement du public.
Mais, même si Lille cette saison a battu les deux Madrid, Real et Atlético, il n’est pas de ces apiculteurs capables de garder d’entrée la tête froide dans le vrombissement du Signal Iduna Park. Bruno Genesio a bien tenté un coup tactique avec la première titularisation de sa vie en Ligue des champions d’Ethan Mbappé, le frère de qui tout le monde sait.
« Il y avait la place si on avait appuyé un peu plus »
Lentement, les hommes de Niko Kovac étouffent les Nordistes. Ces derniers reculent beaucoup trop et relâchent le marquage. Et face à la vitesse notamment de Karim Adeyemi, cela équivaut à se tartiner la peau de pollen en espérant que les abeilles regarderont ailleurs. Cela ne marche jamais.
Et après deux alertes (3e, 10e), Adeyemi le prouve. Sur un corner mal dégagé, il se fait oublier et réussit, à l’entrée de la surface, une demi-volée de l’extérieur du pied gauche. Et la trajectoire, quasi clinique, l’envoie hors de portée de Lucas Chevalier (1-0, 22e).
Il faut désormais résister, ne pas paniquer et gérer la suite des évènements. Mais il y a clairement un dominant et un inquiet sur la pelouse. Pourtant, si le Borussia possède une attaque de feu, sa défense est moins convaincante.
Après le repos, Genesio demande à ses hommes de jouer enfin plus haut car il voit bien qu’il y a de la place pour marquer. Sous pression, Dortmund déjoue, recule à son tour et laisse des espaces. Et d’une magnifique passe à l’aveugle, David lance Haraldsson au but. L’Islandais tacle le ballon et marque (1-1, 68e). C’était le premier tir cadré du Losc mais cette égalisation, peu esthétique dans sa finition, est loin d’être scandaleuse.
Métamorphosée, l’équipe est passée de trop timide à sereine. Elle donne le tempo du match et gère son match nul. Un récital sans bruit car l’ambiance, notamment venue du mur jaune des locaux, a baissé en décibels et on n’entend plus que les 4 000 supporters nordistes. Lille a éteint le Borussia. De quoi nourrir, presque, des regrets. « C’est un petit peu dommage parce qu’il y avait la place si on avait appuyé un peu plus », estimait Benjamin André au micro de Canal +. Mais les Dogues ont allumé un fol espoir pour une semaine.